Sortilège

14.03 / 14.06.2009 Commissaire d'exposition : Anne Malherbe

Communiqué de presse
A travers les œuvres de six artistes contemporains, l'exposition Sortilège explore l'idée d'un artiste-sorcier qui métamorphose la matière, en modifie la densité, la rend conductrice. Passeur d'énergies, manipulateur de forces, il va chercher mythes et rituels anciens qu'il ancre dans l'histoire de l'art pour révéler sa perception de la réalité, du corps en particulier.
De la peinture à l'installation, en passant par la photographie, la sculpture ou le dessin, l'exposition fait apparaître, de salle en salle, six regards, qui , lourds de visions remontant du fond de l'histoire humaine, transmettent de troublantes décharge électriques.
Catalogue de l'exposition en français/anglais, texte de Anne Malherbe, édition Fondation pour l'art contemporain Claudine et Jean-Marc Salomon.

Note d'intention d'Anne Malherbe
L'exposition Sortilège rassemble quelques artistes autour du thème de l'artiste sorcier.
On observe ici et là des expositions qui traitent du chamanisme et l'on peut régulièrement entendre des artistes exprimer leur affinité avec lui, sinon s'en réclamer. Les temps, sans doute, s'y prêtent. Parmi les raisons de cet engouement, on citera le goût du sacré qui cherche son modèle hors des grandes relogions monothéistes; la volonté de renouer avec le brut et le terrestre, par opposition au brillant du néo-pop qui a marqué l'art des vingt-cinq dernières années; l'attrait du mystère et de l'irrationnel, en contraste avec un art souvent très accroché à la réalité quotidienne, à la vie sociale et politique ou à la société de consommation.

L'intention de Sortilège est cependant d'échapper à une définition trop littérale du chamanisme ou de la sorcellerie en regroupant des œuvres moins selon leur ressemblance objective avec de telles pratiques que sur l'ébranlement profond qu'elles déclenchent en nous. Ces artistes ont en effet en commun d'être des passeurs qui, allant chercher profondément dans la psyché humaine, réveillent les aspects les plus obscurs de notre être. Le matériau et les formes, travaillés de façon à troubler la sensibilité, trouvent leur richesse sémantique dans leur ancrage dans l'histoire de l'art et leur ouverture à des cultures diverses. On note aussi quelques thèmes qui rappellent les pratiques occultes: rituels, lois de l'analogie, transmutations,... Cependant cette exposition espère avant tout rappeler le sortilège qu'exercent sur nous les œuvres d'art.

Les artistes:
Sorcière au milieu de son antre, Vanessa Fanuele (née en 1971) réalise, sous forme de sculptures, d'installations ou de peintures, des toiles d'araignées qui prennent le spectateur dans leur piège, des femmes venimeuses et hypnotiques, des mannequins calcinés entourés d'une coulée de perles. Elle déterre les reliques de la mémoire, transforme les humeurs du corps en joaillerie, retourne comme un gant la face humaine.

Cristine Guinamand, (née en 1974) déverse sur la toile, dans une peinture fluide, posée avec urgence, un univers obscur de sorciers et d'ombres infernales. Visions nocturnes dans lesquelles on devine l'homme, redevenu bête, accomplissant des actes primitifs. L'artiste délivre dans une secousse des obsessions qui sont le fond inavouable de l'humanité.

Les sculptures de céramique et les dessins de Klara Kristalova (née en 1967) associent une énigmatique figure humaine, surgie de nulle part, à des motifs animaux et végétaux qui semblent en exprimer la vérité profonde. Entre les différents règnes s'établissent de surprenantes affinités.

Les scènes photographiques de Myriam Mihindou (née en 1964) présentent des sculptures que l'artiste a créées avec son propre corps. Pieds et mains serrés dans des élastiques ou piqués d'aiguilles, ces sculptures relèvent de rituels inventés par l'artiste, qui prennent leur source dans sa propre culture (celle du Gabon), dans celles qu'elle a traversées (Vietnam, Indonésie,...), comme dans l'art corporel. Elles expriment aussi la sensualité d'un corps qui, recouvert de kaolin, semble revenir à la terre. Les femmes de Wangechi Mutu (née en 1972) rassemblent la double culture de l'artiste (kenyane et occidentale). Elles ont été livrées à de multiples traumatismes physiques et sont également harnachées de tous les attributs de la femme-objet. Les collages qui les composent sont liés par une matière transparente et liquide. Celle-ci transfigurant leur chair, les traverse comme une coulée aussi merveilleuse qu'inquiétante.

Dans le décor théâtral et baroque des peintures de Stéphane Pencréac'h (né en 1970), on rencontre un homme à tête de loup, des chimères, des personnages ou des objets en lévitation. L'illusion picturale, faite de visions violentes et de métamorphoses, se condense autour des thèmes de la mort et de l'érotisme, tandis que le traitement de l'œuvre (découpes dans la toile, collages) s'ancre dans l'histoire de la modernité picturale.

Artistes présentés :
Vanessa Fanuele, née à Paris en 1971, vit et travaille à Paris.
Cristine Guinamand, née à Yssingeaux (Haute-Loire) en 1974, vit et travaille à Paris et en Auvergne.
Klara Kristalova, née en 1967, vit et travaille à Norrtälje (Suède)
Myriam Mihindou, née à Libreville (Gabon) en 1964, vit et travaille à Rabat (Maroc) et à Paris
Wangechi Mutu, née à Nairobi (Kenya) en 1972, vit et travaille à New York (USA).
Stéphane Pencréac'h, né à Paris en 1970, vit et travaille à Paris.